Accueil / Artiste / Surréalisme / Qu'est-ce que le surréalisme ? 

Surréalisme

André Breton, Qu'est-ce que le surréalisme?, Bruxelles, René Henriquez Editeur 1934


Invitation pour l'Exposition surréaliste, La Louvière, 13 - 27 octobre 1935

Qu'est-ce que le surréalisme ?

Le surréalisme est un mouvement artistique qui annonce son existence officielle par l'apparition du manifeste surréaliste en 1924. Le mouvement doit son nom au poète français Guillaume Apollinaire qui en 1917 utilise le terme sur-réaliste pour nommer une forme d'expression qui dépasse le réalisme. Dans son origine, le surréalisme est essentiellement littéraire : le terrain d'essai des surréalistes, avec l'écrivain et poète français André Breton comme chef de file, consiste à mener des expériences incommensurables avec la langue. Ce principe est rapidement adopté par les arts plastiques, la musique, le cinéma et la photographie. Le surréalisme se développe à Paris, alors capitale mondiale de l'art, qui exerce une forte attirance sur les artistes venus d'Europe et des Etats-Unis. Dès 1924, la Belgique est le premier pays autre que la France où naissent les premières initiatives qui mèneront à l'établissement d'une scène surréaliste. Au mois de novembre 1924, Paul Nougé, Camille Goemans et Marcel Lecomte diffusent leur série de tracts Correspondance à un nombre limité de destinataires. Quelques mois plus tard, au mois de mars 1925, Edouard Léon Théodore Mesens et René Magritte éditent l'unique numéro de la revue Œsophage.

Le surréalisme trouve son origine dans des sentiments de révolte et d'aversion à l'égard des atrocités de la Première Guerre mondiale, qui caractérisent également dada. Ceci explique entre autres le rapport entre le surréalisme et le mouvement dada: le surréalisme naît partiellement de dada, et il se développe parallèlement à celui-ci. Dada se manifeste en Belgique de façon sporadique, en décalage par rapport au mouvement dada tel qu'il se développe à Zürich, Paris ou Berlin. Autant les surréalistes que les dadaïstes préfèrent le spontané, l'inconscient et le jeu au rationnel. Pour les deux mouvements c'est le processus créatif qui prime, et non pas l'objet d'art en tant que résultat artistique. La plus grande divergence entre dada et le surréalisme est leur vision du passé: alors que la créativité du dadaïsme avait comme objectif la destruction et la rupture radicale avec le passé, le surréalisme ne propose pas de destruction mais des alternatives positives pour le passé.

Le mouvement surréaliste vise à déclencher une révolution de l'existence humaine, y compris ses aspects personnels, culturels et sociaux, en libérant chacun de la rationalité. Les ouvrages de Sigmund Freud sur la liberté d'association, l'analyse des rêves, le désir et l'inconscient sont d'une importance phare pour les surréalistes: leurs méthodes artistiques pour libérer l'imagination en sont inspirées. Max Ernst utilise le frottage et le collage, Man Ray développe les rayographes, lorsque Joan Miró et Salvador Dalí créent des images symboliques composées d'éléments disparates et inattendus. Alors que la peinture de René Magritte montre également des images oniriques, la comparaison avec l'œuvre de Miró ou de Dalí reste difficile. Magritte refuse l'utilisation du terme symbole pour qualifier les objets qui apparaissent dans sa peinture. Ce sont des objets dont l'association inappropriée provoque l'effroi : ce sont des objets bouleversants, tels que définis par son ami le poète belge Paul Nougé. Dès le début, le surréalisme français et belge se sont engagés dans des voies différentes: l'automatisme et les expériences analytiques pour les Français, l'ancrage dans une réalité pour les Belges.

La première exposition de groupe, La peinture surréaliste, se tient en 1925 à Paris. René Magritte qui en 1926 peint ses premières toiles à caractère surréaliste, ne participe pas à cette exposition, mais sera présent lors de la plupart des expositions surréalistes qui suivent. Le surréalisme se diffuse à l'étranger pour atteindre une renommée internationale grâce aux expositions qui ont lieu - entre autres - à La Louvière (1935), Londres (1936), New York (1936), Tokyo (1937) et Paris (1938). L'immigration aux Etats-Unis d'un grand nombre de surréalistes en raison de la Seconde Guerre mondiale exerce une influence importante sur l'art américain: l'œuvre de l'action painter Jackson Pollock par exemple doit ainsi être compris par les méthodes surréalistes comme le mouvement automatique.

La fin du mouvement surréaliste est un point de discussion: certains historiens d'art voient la Seconde Guerre mondiale comme la fin du surréalisme, d'autres croient que la mort d'André Breton en 1966 ou la mort de Salvador Dalí en 1989 signifient la fin du mouvement. D'autres encore remettent en question le fait que le mouvement surréaliste se soit bel et bien éteint. Ceci est également le cas en Belgique où des historiens d'art distinguent, depuis 1924 jusqu'aujourd'hui, plusieurs générations de surréalistes.